Dans l'ombre des volcans, l'été s'invente entre notes et mythes

10 août 2026 · La rédaction de Sortir en Auvergne-Rhône-Alpes · Puy-de-Dôme

Le Puy-de-Dôme, en cette mi-août, se fait discret comme une partition oubliée dans un grenier. Pas de foules, pas de festivals tonitruants, mais une poignée d’occasions où le temps semble s’étirer, où l’on prend le loisir de regarder, d’écouter, et surtout, de créer. Cette semaine, deux villes — Riom et Dore-l’Église — proposent des rendez-vous qui transforment l’ordinaire en quelque chose de plus dense, presque magique. Et si l’on en profitait pour sortir des sentiers battus, là où l’art et la nature se répondent sans se presser ?

Quand les enfants réinventent le monde

À Riom, Émilie Lamardeley, plasticienne dont le travail joue avec les fils de métal et les récits oubliés, invite les 7-11 ans à sculpter leur propre « arbre de lumière » le 7 août. L’atelier, inspiré de ses œuvres, n’est pas une simple activité manuelle : c’est une initiation à la poésie des matériaux. Les fils torsadés, les notes colorées qui s’accrochent aux branches comme des feuilles fragiles — tout est prétexte à imaginer un monde où la lumière aurait une forme, une texture. Quatre jours plus tard, le 14 août, la même artiste propose aux 4-11 ans de plonger dans les mythes grecs pour en faire des meubles. « Mytho-Logis », c’est le nom de cet atelier où l’on découvre comment une chaise peut raconter l’histoire d’Athéna, ou une table celle de Persée. L’idée n’est pas tant d’apprendre la mythologie que de la réinventer, de lui donner une seconde vie dans des objets du quotidien. Ces deux rendez-vous, modestes en apparence, sont en réalité une porte ouverte sur une façon différente d’aborder l’art : non pas comme quelque chose à admirer de loin, mais comme une matière à modeler, à questionner, à habiter.

Une nuit où Bach devient complice

Si Riom mise sur l’éveil des mains, Dore-l’Église, petit village perdu entre les collines, mise sur celui des oreilles. Le 12 août, à la nuit tombée, l’ensemble Du Souffle à l’Archet propose un concert intitulé « Le Chant des Âmes ». Le titre, un peu mystérieux, annonce une plongée dans l’univers sacré des compositeurs qui ont mené à Bach. Mais ce qui frappe, c’est le cadre : une église éclairée à la bougie, où la musique semble naître de l’obscurité elle-même. Pas de projecteurs, pas de sono tonitruante — juste des archets qui frôlent les cordes, des souffles qui traversent les cuivres, et cette lumière tremblante qui donne aux notes une présence presque physique. L’ensemble, spécialisé dans les répertoires anciens, a choisi de jouer avec l’acoustique du lieu, transformant chaque silence en une respiration. C’est l’un de ces concerts qui ne se contentent pas d’être écoutés : ils s’éprouvent, comme une marche en montagne où chaque pas compte. Et dans cette région où les volcans endormis rappellent que le temps se mesure en siècles, ce retour aux sources musicales prend une résonance particulière.

Autour des ateliers et des notes : où poser ses pas ?

Ces rendez-vous, aussi inspirants soient-ils, ne sont que des points de départ. Le Puy-de-Dôme regorge de lieux où l’on peut prolonger l’expérience, que ce soit en solitaire ou en famille. À Ménétrol, la Colline de Mirabel et son sentier des orchidées offrent une balade où la botanique devient une chasse au trésor. Les fleurs, discrètes mais tenaces, s’accrochent aux pentes sèches, et leur diversité — plus de trente espèces — rappelle que la nature, ici, a appris à composer avec les caprices des volcans. Pour ceux que les questions d’énergie passionnent, le parcours pédagogique de Cros permet de comprendre comment le vent, l’eau et le soleil peuvent se transformer en électricité. Ludique sans être simpliste, il s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes, avec des maquettes interactives et des explications qui évitent le jargon technique.

Et puis, il y a les abbatiales. Celle d’Issoire, romane et massive, avec ses chapiteaux sculptés où se mêlent monstres et saints. Et celle de Mozac, plus secrète, dont les pierres semblent raconter des siècles d’histoire en silence. Ces deux lieux, souvent éclipsés par les sites plus touristiques, ont cette qualité rare : ils ne se livrent pas tout de suite. Il faut prendre le temps de s’asseoir sur un banc, de lever les yeux vers les voûtes, de laisser les détails — une colonne torsadée, une fresque écaillée — faire leur effet. Ce sont des endroits où l’on vient moins pour cocher une case que pour se laisser surprendre par ce que l’on n’avait pas prévu de voir.

Pourquoi cette semaine plutôt qu’une autre ?

Ce qui frappe dans cette sélection, c’est son absence de prétention. Pas de grands spectacles, pas de fêtes bruyantes, mais des propositions qui misent sur l’intimité, sur le temps long. Le concert de Dore-l’Église, avec ses bougies et son répertoire sacré, en est l’exemple le plus frappant : il ne cherche pas à impressionner, mais à créer un moment où la musique et le lieu ne font plus qu’un. Les ateliers de Riom, eux, rappellent que l’art n’est pas réservé aux musées — qu’il peut naître d’un fil de fer torsadé ou d’une histoire lue à voix haute. Dans une région où l’on a souvent l’impression que tout a déjà été exploré, ces rendez-vous offrent une autre façon de regarder autour de soi : moins comme un touriste, plus comme un complice.

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